• Mince Alors !
    Un film de Charlotte De Turckheim.
    Avec Victoria Abril, Catherine Hosmalin, Lola Dewaere, Charlotte De Turckheim.
    Sortie le 28 mars 2012.
    Ecrit par Dominique Besnehard, Gladys Marciano & Charlotte De Turckheim Produit par Dominique Besnehard, Christine Gozlan, David Poirot, Michel Feller / Mon Voisin Productions, Thelma films .
    • Comedie
  • Synopsis :

    Nina est jeune, jolie et ronde. Malheureusement son mari Gaspard n'aime que les femmes très minces...

    Surtout depuis qu'ils se sont installés à Paris pour monter leur ligne de maillot de bain ultra pointue. Pour tenter de le séduire à nouveau, Nina accepte à contrecoeur le cadeau qu'il lui offre : une cure d'amaigrissement à Brides-les-Bains. Le dernier espoir des gros quand on a tout essayé.

    Là bas, elle va faire la connaissance de Sophie une séduisante avocate marseillaise, Emilie, une mère de famille très enveloppée, Thomas et Roxane.

    Lorsque toutes ses personnes se confrontent le temps d'un voyage pour aller mieux dans son corps, cela provoque des tempêtes, et c'est peut-être comme cela que chacun trouvera sa porte de sortie...

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Autour du film

Entretien avec Charlotte de Turckheim - Réalisatrice et interprète

Comment résumeriez-vous votre film ?

C’est la rencontre de trois femmes et d’un petit garçon qui viennent faire une cure à Brides-les-Bains. Ces quatre personnages n’ont rien en commun si ce n’est des problèmes avec leur poids et leur corps. Leur confrontation va faire des étincelles et aboutir à quelque chose de nouveau pour chacun d’entre eux.

Décrivez-nous les personnages.

Emilie est une femme vraiment grosse, quasiment obèse. Elle vient faire une cure depuis des années et ce sont ses seules vraies vacances. Elle y retrouve ses potes et se marre bien. Elle clame que big is beautiful et prétend qu’elle est très heureuse comme elle est et que tout va bien dans sa vie. Elle rejoint Sophie, une femme mince.

On va apprendre très vite que c’est une ancienne obèse et que si elle n’a jamais regrossi c’est parce qu’elle a une totale maîtrise de son corps. Pour elle aussi, en apparence, tout va bien.

Pourtant, elle n’a pas de vie amoureuse et préfère payer des mecs plutôt que de subir une déception. La troisième est une très jolie jeune femme d’une trentaine d’années, rondelette . Elle a peut-être 3,4 kilos en trop mais, elle est splendide comme ça. Elle, son problème c’est qu’elle travaille dans le milieu de la mode et qu’elle vit entourée de gens qui n’aiment que les minces pour ne pas dire les maigres.

Elle atterrit à Brides-les-Bains parce que son mari le lui demande et que sa mère l’y pousse. Mais ce n’est pas vraiment son choix. Ce dont elle a besoin, c’est de reprendre confiance en elle, de s’affirmer et d’envoyer balader sa famille et son mec.

Le quatrième personnage est un petit garçon d’une dizaine d’années, gros, qui lui aussi, est venu à Brides plusieurs fois. Mais la cure ne marche jamais. Cette fois-ci, pour se donner du courage, il vient avec sa sœur et deux copains. Très vite nous allons réaliser que son problème de poids est lié à un secret de famille.
 


Comment vous est venue l’idée de ce film ?

D’abord, parce qu’à 45 ans je me suis mise à grossir subitement. L’âge, l’arrêt de la clope, le fait de partir vivre en Espagne où la nourriture est très riche… Bref, j’ai pris 15 à 20 kilos que je n’ai jamais vraiment reperdus...

Ce qui est intéressant dans mon cas, c’est qu’après avoir vécu comme une « mince » pendant la moitié de ma vie, je me retrouve aujourd’hui dans un corps que je ne reconnais plus du tout et que je n’arrive plus à maîtriser. Si je fais un régime draconien, je perds 12 kilos mais… j’en reprends 15. Autre motif d’inspiration : les amies de mes filles ados et post-ados. Elles sont toutes ravissantes, minces comme des fils et pourtant elles sont nombreuses à avoir une relation assez conflictuelle avec leur corps.

Elles grossissent, maigrissent et j’ai vu pas mal d’anorexiques-ce qui n’existait pas à ma génération. J’ai aussi observé que beaucoup d’enfants sont aujourd’hui plus ou moins obèses.

Quand mes filles avaient 6 ans, il y avait toujours au cours de danse une petite bouboule qui avait 3 kilos de trop. Aujourd’hui, les petites bouboules en ont 15 de trop j’ai commencé à développer ce sujet, j’ai interviewé d’abord des gens en surpoids et, sans surprise, ils m’ont raconté qu’ils avaient beaucoup de problèmes. Mais, j’ai découvert aussi que ceux qui n’avaient pas de kilos en trop avaient d’autres problèmes comme le personnage de Sophie qui, elle, a peur de vieillir. De tout ça, j’ai voulu faire une comédie. Parce que le meilleur moyen de toucher les gens, c’est de les faire rire. C’est ma devise : rire de tout pour ne pas pleurer d’un rien.

Comment avez-vous choisi les comédiennes ?

Catherine Hosmalin était une évidence pour moi. C’est une amie, elle a été la metteur en scène de mon dernier spectacle. Même si ce n’est pas du tout un rôle autobiographique, j’ai écrit le personnage d’Emilie pour elle. Ce que j’aime chez Catherine c’est justement ce côté « on tire tout vers la rigolade ». Dans la vie, elle est extrêmement drôle mais aussi provocante et insolente. Le ton du film, c’est exactement Catherine. Il y a une vraie gravité, une vraie profondeur en elle mais c’est toujours traduit par l’humour. Sa sensibilité, il faut la deviner, elle ne l’apporte pas sur un plateau. En revanche, ce qu’elle apporte, c’est le rire.
 


Et Victoria Abril ?

On ne change pas une équipe qui gagne ! Victoria est une sorte de porte-bonheur pour moi. Elle a fait tous mes films et c’est une immense actrice. Elle passe du rire aux larmes d’une manière saisissante. Et puis Victoria, c’est une femme libre. Sa parole est libre tout comme sa
pensée. Elle est hors norme, je n’en connais pas d’autres comme elle dans le cinéma. En tant qu’actrice, c’est un premier violon. On peut lui mettre des contraintes démentielles. Le cinéma, c’est du jeu bien sûr mais c’est aussi beaucoup de technique et Victoria est à ce niveau une sorte de jongleuse.
 


Et Lola Dewaere ?

Pour Nina, je cherchais une fille jeune, très jolie et de taille 44/46. Pas facile à trouver puisque dans le cinéma français, dès qu’une fille est un peu ronde, son agent lui fait perdre 10 kilos en lui disant « sinon tu ne travailleras pas ». C’est ma fille Clara qui l’a remarquée au Théâtre du Temple où elle jouait.

C’était sa première pièce et donc sincère, émouvant et juste. Elle était le personnage : cette fille qui se cache toujours un peu, qui met son sac ou son manteau sur ses genoux afin qu’on ne voit pas ses rondeurs.


La soeur de Thomas, Roxane, est jouée par votre fille Julia. Comment avez-vous pensé à elle pour le rôle. ?

En fait, il n’y avait qu’elle pour faire Roxane. Je le dis d’autant plus facilement qu’au début, je ne la voulais pas car j’ai toujours peur du côté « j’impose mes gosses ». Mais un jour, un de mes copains m’a dit : « Sous prétexte que tu ne veux pas la favoriser, tu la défavorises. Laisse-la au moins passer le casting. Si elle est bonne, elle est bonne. » Elle a été excellente. Julia a un niveau de jeu qui est « intense », c’est le mot qui me vient à l’esprit. Elle est tout de suite incroyablement dans le bon. C’est un pur-sang.

Avez-vous tourné tout le film à Brides-les-Bains ?

Au début, je cherchais un lieu de cure classique mais cela aurait été dommage de se passer de cette ville.
Brides-les-Bains, c’est « Gros-Land », un endroit entièrement imaginé pour les gros. Quand je suis entrée dans une boutique pour essayer un pantalon la vendeuse m’a regardée avec un air catastrophé : « On ne fait pas les petites tailles ! ». Cette phrase, je ne l’avais pas entendue depuis 20 ans !
 


Et les gens que l’on voit dans le film ce sont des comédiens ou des curistes ?

Ce sont des vrais gens qui étaient en cure. Pendant plusieurs mois, nous avons fait passer une sorte de note d’intention pour raconter le film et annoncer qu’on cherchait des figurants. J’ai tenu à expliquer qu’il n’était pas question de se moquer des gros, qu’il y aurait beaucoup d’humour entre les personnages mais que je voulais aussi filmer les corps et donc des gens en maillot. Nous avons eu beaucoup de candidatures.

Ce qui me frappe dans cette ville, c’est à quel point tout le monde s’y sent heureux. On y trouve toutes les catégories socioculturelles, tous les styles, tous les milieux mais, à un moment, tous le gens barbotent dans le même bain marron à base d’eau de source salée. En fait, c’est une gigantesque thérapie de groupe. En plus, ce que l’on ne sait pas c’est que lorsqu’on pèse 140 kilos et qu’on en en perd 3 ou 4, la libido remonte.

C’est mécanique. Comme on vient seul en cure, on profite de toutes les activités physiques et aussi des marches en montagne aux thés dansants en passant par le karaoké et les restaus où l’on retrouve ceux avec lesquels on était dans la piscine l’après-midi. Bref, c’est un vrai lieu de rencontres...

Avez-vous inventé l’histoire du personnage de Victoria Abril qui se paye des hommes ?

Pas du tout ! Il y a plein de gigolos à Brides-les-Bains. Avant le tournage, j’ai beaucoup traîné dans les cafés pour écouter les gens. À un moment, j’ai trouvé que j’avais un succès pas possible. J’étais assez flattée jusqu’à ce que la personne qui me servait de guide m’enlève mes illusions : c’était des gigolos.

Pourquoi avoir écrit pour vous le rôle d’un personnage secondaire ?

Sur Les Aristos, mon film précédent, j’avais un rôle important et j’ai trouvé trop difficile de réaliser et de jouer en même temps. Comme metteur en scène, je suis concentrée, rigoureuse, toujours à l’heure, je fais du sport, du yoga et j’ai une discipline d’enfer. Quand je suis actrice, j’ai envie de déconner, de faire la bringue avec les potes etc. Impossible pour moi de gérer les deux casquettes. Souvent quand je réalise et que je joue, je m’arrange pour avoir une perruque parce que le fait de la mettre m’aide à rentrer dans le mode actrice. En plus, j’adore me déguiser et faire le clown. Par contre, ensuite, je déteste me voir et je me dis: «
Mais comment tu as pu te faire un personnage pareil ! ».

Quel parti pris avez-vous adopté pour la réalisation?

Je voulais une image crue mais élégante. Montrer la réalité : des corps souvent très abîmés mais qui peuvent aussi être magnifiques. Rester dans l’extrêmement drôle mais avec de l’émotion et de la tendresse.
 


A-t-il été difficile de convaincre les comédiennes de se montrer quasiment nues ?

J’ai eu quelques refus d’actrices après avoir lu le scénario. Pour les principales, il s’est passé quelque chose d’amusant. Comme j’avais du mal à décider les investisseurs à mettre de l’argent, j’ai proposé aux filles de faire ensemble une photo deconnante où l’on serait en maillot et très sexy. Résultat ? J’ai convaincu les « banquiers » et pour les comédiennes, l’effet domino a opéré. Quand les unes ont commencé, toutes ont suivi. Et nous avons réitéré pour l’affiche du film avec un design très pin-up.

Comment expliquez-vous que votre film qui est une pure comédie et dans lequel on rit beaucoup, donne parfois les larmes aux yeux ?

Parce qu’au fond, ce que chacun vit avec son corps n’est pas souvent facile. Mais le rire est un exutoire extraordinaire. Il est important de montrer qu’une femme qui a des rondeurs ou même de l’embonpoint peut se sentir en harmonie avec son corps. L’essentiel est d’assumer qui on est.