Erreur : l'animation ne peut pas se lancer

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  • Tous les soleils
    Un film de Philippe Claudel.
    Avec Stefano Accorsi, Neri Marcore, Clotilde Courau, Anouk Aimée, Lisa Cipriani.
    Sortie le 30 mars 2011.

    Retrouvez la page Facebook du film sur http://www.facebook.com/TousLesSoleils.
    • Comédie
  • Synopsis :

    Alessandro est un professeur italien de musique baroque qui vit à Strasbourg avec Irina, sa fille de 15 ans, en pleine crise, et son frère Crampone, un gentil fou anarchiste qui ne cesse de demander le statut de réfugié politique depuis que Berlusconi est au pouvoir.
    Parfois, Alessandro a l'impression d'avoir deux adolescents à élever, alors qu'il ne se rend même pas compte qu'il est lui-même démuni face à l'existence. Voulant être un père modèle, il en a oublié de reconstruire sa vie amoureuse, d'autant plus qu'il est entouré d'une bande de copains dont la fantaisie burlesque l'empêche de se sentir seul.
    Mais au moment où sa fille découvre les premiers émois de l'amour, sans qu'il s'y attende, tout va basculer pour Alessandro.

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Autour du film

Découvrez AVANT L'HIVER, le nouveau film de Philippe Claudel : toutes les dernières informations et bientôt la bande-annonce de Avant l'hiver... Avant l'hiver sortira le 20 novembre 2013. Un film de Philippe Claudel avec Daniel Auteuil, Kristin Scott Thomas, Leïla Bekhti, Richard Berry.
 

Entretien avec Philippe Claudel

Votre premier film, IL Y A LONGTEMPS QUE JE T’AIME, a rencontré un très beau succès. Dans quel état d’esprit  avez-vous abordé le tournage de ce deuxième long-métrage ?
C’était incroyable d’avoir eu autant de spectateurs pour ce genre de film, très ancré en province, dans une intimité et des émotions particulières. Il a reçu un accueil favorable en France, et, plus surprenant encore, à l’étranger dans des pays aussi différents que le Japon ou l’Amérique du Sud. Au début d’une aventure cinématographique, un succès comme celui-là vous offre l’opportunité de tourner le deuxième dans de bonnes conditions. Après IL Y A LONGTEMPS QUE JE T’AIME, j’avais plusieurs sujets en tête, mais le besoin de changer et l’envie d’opter pour une comédie se sont imposés assez rapidement. Même si certaines thématiques restent proches du premier, elles sont, cette fois, traitées de façon plus légère, avec un rythme plus enlevé, une mise en scène différente. Et, puis, pour être un peu schématique, je suis passé d’un film de femmes à un film d’hommes.

Les premières images évoquent JOURNAL INTIME de Nanni Moretti. Alessandro n’est pas en Vespa, mais en Solex dans les rues de Strasbourg. Unclin d’oeil au cinéma italien qui semble vous avoir grandement inspiré ?
Oui et non, en fait. C’est un film où il y a pas mal d’hommages, conscients ou inconscients. Les verra qui voudra. Il n’était pas question d’alourdir le propos avec un jeu de ce type. Pour les premières scènes, mon idée était avant tout de présenter Alessandro de façon un peu ridicule, mais très attachante. Je voulais qu’il soit plutôt  en Solex qu’en Vespa, qu’il porte un casque un peu vieillot, qu’il ait une bonne tête qui le rende immédiatement sympathique. Il roule dans les rues de Strasbourg avec cette musique extrêmement présente dès les premières images : la Tarentelle.

La musique est l’un des personnages du film. Que pouvez-vous nous dire de la Tarentelle que l’on connaît finalement assez peu en France ?

C’est une musique traditionnelle du sud de l’Italie, censée guérir la piqûre de la tarentule, qui redonne de l’énergie à ceux que le venin a affaiblis, qui tente d’extirper la mélancolie des âmes chagrines, qui essaye de calmer les fiévreux, les possédés. Le sujet du film est né du cadeau que m’ont fait, il y a quelques années, des amis en m’offrant le disque de l’Arpeggiata. Il y a une telle magie dans cette musique, un côté tellement charnel, sensible et humain. Les Tarentelles recouvrent toutes les émotions : la joie, la tristesse, la sérénité, l’allégresse… Cette musique m’a inspiré assez vite un personnage de professeur de musique baroque qui vit à Strasbourg.

Pourquoi avoir choisi Strasbourg ?

C’est une ville dont j’aime l’esthétique, ses ambiances différentes selon les quartiers. J’aime aussi son expression sonore. On y entend toutes les langues de l’Europe. Dans les rues, on y parle Espagnol, Allemand, Portugais, Italien, comme Alessandro qui ne se rend pas vraiment compte que la musique qu’il enseigne fait écho à une sorte de deuil qui se prolonge depuis la mort brutale de sa femme. Le temps a passé, son deuil n’est plus douloureux, il s’est même crée l’illusion d’un bonheur, mais il lui manque cette chose essentielle qu’est le sentiment amoureux.

Q u’ est - ce qui a empêché Alessandro de s’engager à nouveau sentimentalement ? Est-il possible que ce soit l’homme d’une seule femme ?
Nous en avons beaucoup parlé avec Stefano. Peut-être s’est-il effectivement persuadé qu’il n’était pas vraiment capable d’aimer une autre femme. Il faut reconnaître que s’investir dans une nouvelle relation peut faire peur. Le temps passe et on se dit que l’on ne saura plus trouver les gestes, les mots. Ce n’est pas simple de s’ouvrir à l’amour. La scène où Alessandro laisse un message sur la pluie et le beau temps à Florence, la fille d’Agathe, montre assez bien son appréhension. La scène est comique mais elle témoigne surtout de la difficulté à exprimer simplement ce que l’on ressent. Il n’est pas le seul dans le film à avoir du mal à rencontrer quelqu’un : son frère, Crampone, vit finalement une relation par procuration, la directrice du département universitaire est branchée sur Internet. Rencontrer l’autre, ça n’a rien d’évident, ni pour ceux qui cherchent, ni pour ceux qui voudraient jouer les marieuses comme Irina, sa fille.

Alessandro est-il une victime consentante du temps qui passe, du confort qu’installe un quotidien bien huilé ?

La vie passe tellement vite pour chacun d’entre nous. Pour Alessandro, ce passage ultra-rapide du temps est accentué par le fait qu’il s’est donné de lourdes responsabilités notamment  vis-à-vis de sa fille. «Elle n’a pas eu de mère, je veux au moins qu’elle ait un père » dit-il. Son comportement correspond à une réalité assez fréquente. J’ai vu souvent autour de moi des gens qui, dans le cas d’un décès ou d’un divorce, se culpabilisaient et mettaient un peu de côté la reconstruction de leur vie amoureuse au bénéfice de l’éducation des enfants. Chez Alessandro, il y a non seulement une polarisation sur sa fille, qui est aussi d’une certaine façon l’incarnation et la prolongation de la femme aimée disparue, et il y a également, ce qui est plutôt cocasse, le « paternage » de son frère, Crampone, cet anarchiste immature. Entre une gamine devenue a dolescente et un adulte qui n’a jamais grandi, il a finalement trouvé un équilibre. Leur famille fonctionne comme un vrai ménage plutôt harmonieux d’ailleurs.

Cette configuration atypique aurait pu perturber Irina.
Je tenais absolument à ce qu’Irina soit épanouie. La petite aurait pu effectivement être durablement perturbée par la mort de sa mère, par la présence de cet oncle complètement cinglé. Certaines de ses amies d’ailleurs se demandent en plus si les deux frères ne sont pas plutôt deux homosexuels… Mais, pour elle, tout va bien. L’amour est là. Comme dans IL Y A LONGTEMPS QUE JE T’AIME, ce film dit l’importance des autres. Les personnages arrivent à accéder à un certain bonheur parce que les autres les y aident. Ils les confortent, leur esquissent des perspectives. De même que Juliette (interprétée par Kristin Scott Thomas) était ramenée vers la vie par sa soeur Léa, Alessandro est réveillé par sa fille, par
Agathe, par son frère, par les copains…

Pour votre deuxième film, vous restez très attaché à la province, à des personnages assez proches de vous. Est-ce par facilité que vous avez fait d’Alessandro un professeur, comme vous ?

Dans mes romans, mon imagination me guide davantage vers des mondes qui ne sont pas les miens, parfois même futuristes. Au cinéma, je préfère m’attacher, pour le moment en tout cas, à des univers provinciaux que je connais et que l’on voit finalement peu au cinéma, si ce n’est de façon assez caustique comme chez Claude Chabrol. Pour dire la vérité, je ne me vois pas tourner à Paris. Les gens y évoluent différemment qu’en province, le rapport au temps et aux autres n’est pas tout à fait le même. Idem pour les professeurs : ce n’est pas une obsession, mais il y a chez Alessandro une profonde générosité qui est inhérente à son métier. Il faut avoir envie de donner, de prendre du plaisir à transmettre. La scène où il monte sur son bureau pour danser en est un exemple ; celle où il se fait avoir par une étudiante un peu roublarde est inspirée d’un souvenir personnel. Il suffisait qu’une fille pleure en face de moi pour que j’augmente sa moyenne. Alessandro est un type bienveillant qui, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, a besoin de s’investir auprès des autres. Ce n’est pas un hasard s’il est également impliqué dans une association de lecture qui intervient en milieu hospitalier.

Etre un homme généreux, attentif n’a pas empêché le père de ne pas voir grandir sa fille. Comment expliquez vous ce manque de lucidité ?
Ma fille va avoir 13 ans, en mars, et, comme Alessandro, je ne la vois pas changer. La scène chez le psy évoque ce décalage entre la perception du père et la réalité. Comment faire ? C’est encore mon petit bébé et ce n’est plus mon petit bébé… le comble dans le film, c’est qu’Irina s’avère être la plus mature du trio. C’est elle qui, en découvrant les premiers émois de l’amour, va servir d’électrochoc à son père en lui faisant prendre conscience qu’il passe à côté de sa vie.

Vous n’avez pas cédé à la tentation de «stariser» votre casting. Pourquoi ?
C’est un peu égoïste, mais mon plaisir au cinéma est aussi de découvrir des visages que je ne connais pas. Si j’avais pris un casting d’acteurs très connus, le film n’aurait pas du tout donné le même résultat. Ce qui ne m’empêche pas d’avoir très envie de travailler avec certains comédiens comme Daniel Auteuil, dont le talent me fascine, ou Gérard Depardieu pour lequel je rêve d’imaginer un rôle susceptible de lui plaire et dans lequel il s’investirait complètement.

Après la « franglaise » Kristin Scott Thomas, vous offrez à l’italo-français Stefano Accorsi un premier grand rôle en France. Etait-ce un choix évident ?
Ce n’était pas évident parce qu’à l’écriture, j’étais parti sur un personnage d’environ 55 ans. Puis, à la réflexion, je me suis dit que l’écart avec une fillette de 15 ans serait moins intéressant pour mon histoire. J’ai alors baissé l’âge du père, mais Stefano dont je connaissais le talent, restait toujours trop jeune. Nous nous sommes rencontrés, je lui ai alors demandé de se laisser pousser la barbe, d’essayer différentes paires de lunettes et, un mois plus tard, nous avons fait des essais. C’était formidable ! J’aime travailler avec des acteurs étrangers, mêler les origines. C’était enrichissant de faire cohabiter à Strasbourg, sur fond de Tarentelles, deux comédiens italiens, Stefano et Neri, une actrice qui est l’emblème du mariage historique entre cinéma français et cinéma italien, Anouk Aimée, et Clotilde Courau dont on connaît les liens avec l’Italie… Sans oublier tous les comédiens strasbourgeois extrêmement talentueux.

On découvre pour la première fois en France Neri Marcorè dans un rôle burlesque particulièrement réussi. Une révélation !
Célèbre en Italie, Neri joue au cinéma, avec Pupi Avati notamment, à la télévision… C’est un artiste complet : il chante, il anime une émission littéraire… Comme imitateur, il fait des pastiches d’hommes politiques sur la Rai 3. Là encore, les premiers essais, qui ont tout de suite été très convaincants, montraient son formidable potentiel comique et son évidente tendresse. J’ai écrit son personnage en songeant à l’esprit des Vitelloni de Fellini.

Dans quelle mesure, les comédies italiennes vous ont-elles inspiré ?
De la fin des années 50 au milieu des années 70, il y a eu une période magique pour la comédie italienne avec des histoires qui parlaient des gens, mais aussi des rapports sociaux avec souvent une analyse assez caustique de la société. Ce n’était pas seulement de la drôlerie pour de la drôlerie. Les réalisateurs  arrivaient parfaitement à mêler le burlesque délirant, la légèreté, l’émotion et le tragique le plus noir. Je pourrais évidemment vous parler du PIGEON, du FANFARON, de SIGNONE & SIGNORI, de DIVORCE A L’ITALIENNE… Mais, tous ces chefs-d’oeuvre que j’ai vus dans mon adolescence sont des références un peu écrasantes. Je ne cherche évidemment pas à arriver à la cheville de Dino Risi, de Mario Monicelli ou de Pietro Germi. Juste à tenter, d’essayer d’être dans cette veine-là en passant du rire à l’émotion, en tentant parfois des grands écarts qui sont moins fréquents dans notre cinéma national.

Comme dans les comédies italiennes, on retrouve de nombreux dialogues, enlevés, très écrits. Vous y avez attaché une importance particulière l’écriture ?
Mon premier film était plutôt sur le silence. Celui-là, je le revendique comme un film bavard. Il n’y a quasiment pas de scène où ça ne parle pas. J’ai pris un plaisir fou à travailler sur cette sorte d’extériorisation par la parole. Il fallait trouver le tempo, le mot juste. Perfectionner les choses avec les acteurs à la lecture, pendant le tournage, les affiner même encore au montage. C’est un long-métrage que j’ai énormément découpé pour trouver le bon rythme, notamment.

Avoir préservé l’usage des deux langues, français et italien, était un choix logique ?
Oui, voire même un peu militant. Pour un film sur les voix, sur les langues comme TOUS LES SOLEILS, il m’a semblé évident de devoir garder le Français et l’Italien. Si les gens, qui ne vont jamais voir des films en VO, prennent du plaisir à entendre d’autres sonorités, d’autres rythmes… Je serai content. Idem pour la musique baroque qui est peu connue. Si en entendre leur donne envie d’aller acheter un disque de Tarentelles en sortant, tant mieux.

Crampone est anti-Berlusconien acharné qui demande à la France l’asile politique. Le burlesque du personnage cache-t-il un message plus sérieux ?

C’est un révolutionnaire en chambre, un militant inopérant, plutôt assez pervers d’ailleurs, parce que ce sont surtout les autres qu’il fait passer à l’action : la petite en l’envoyant manifester pour le Tibet, la postière en la poussant à enrayer le système… Les habituelles manifs ou grèves ne servent plus à rien. Il faut trouver d’autres moyens pour saboter le système et permettre à ceux qui n’existent pas d’exister. Sans tomber dans la leçon politique un peu lourde, je tenais à ce qu’il y ait dans le film de petites piques caustiques et des messages simples mais qui pourraient être assez efficaces si on les écoute.

Comment avez-vous trouvé la jeune Lisa Cipriani qui incarne la fille d’Alessandro ?
Son rôle était essentiel. J’ai lancé un casting à la fois sur Paris et Strasbourg avec l’espoir de trouver celle qu’il me fallait plutôt en province. A Paris, il y avait des jeunes filles avec un potentiel, mais elles étaient toutes un peu sur le même moule que forment parfois les cours de théâtre. Par ailleurs, je les trouvais toutes physiquement assez semblables… Puis, est arrivée Lisa. Il y a avait chez cette jeune fille qui habite une petite ville située entre Lyon et Grenoble plus d’innocence assumée, plus de naturel que chez d’autres. C’est vraiment quelqu’un d’épatant, qui comprend tout très vite, qui est très à l’aise avec tout le monde. Sa montée en puissance au fur à mesure de la préparation et du tournage a été spectaculaire. Au-delà du fait qu’elle est très jolie, très photogénique, elle a un vrai talent de jeu, une vraie présence. Ce n’est que son deuxième film, mais elle devrait pouvoir continuer dans ce métier. Il faut simplement qu’elle apprenne à choisir ses rôles et à ne pas faire n’importe quoi sous prétexte d’avoir envie de faire du cinéma.

Des acteurs aux décors, votre cinéma reste animé par une exigence de vérité et de réalisme. Vous vous méfiez des artifices ?
C’est toujours un paradoxe de faire du cinéma et d’avoir pour ambition de montrer la vraie vie. Evoquer l’adolescence d’Irina ne répond en réalité qu’aux codes de représentation que je me fais de l’adolescence. Elle n’est ni plus réelle dans mon film que dans LOL ou dans certains films de Gus Van Sant par exemple. En être conscient ne m’empêche pas de chercher à rester au plus près des gens, de tenter de les saisir dans leur profondeur, leur humanité, sans vernis. Le cinéma englobe tous les autres arts : l’écriture, la photographie, le son, la comédie, l’architecture… On peut se servir de tout pour exprimer quelque chose. Reprendre une bonne partie de l’équipe de mon premier film m’a permis d’effectuer un travail de préparation assez rapide. Avec le décorateur, Samuel Deshors, on s’est plu à composer des ambiances, des lieux, des atmosphères… C’est comme s’il avait été dans mon cerveau : l’appartement ressemble parfaitement à ce que j’avais imaginé. Le travail de décoration sur un film contemporain est souvent plus difficile que de mettre en place un pittoresque sur un film historique. Composer, par exemple, la chambre d’Irina n’avait rien d’évident. Elle devait traduire une période de transition entre l’enfance et l’adolescence disons rebelle… D’où la cohabitation entre des posters de Tian’anmen et de grosses peluches roses. La photographie de Denis Lenoir, avec lequel j’ai eu une vraie et immédiate complicité a renforcé sur toute la durée du film cette touche que je voulais chaleureuse et humaine, sans être excessive.

Vous avez apporté un même soin aux vêtements des acteurs.
Les costumes réclament la même subtilité : Martine Rapin que j’avais rencontrée sur la pièce «Le Paquet», que nous avons montée avec Gérard Jugnot, a parfaitement compris ce que je voulais. Stefano, qui est un homme très élégant dans la vie, a été habillé en H&M du début à la fin, ce qui correspondait parfaitement au personnage d’Alessandro qui se fiche complètement de son allure vestimentaire. Pareil pour son frère : le peignoir, qui est comme l’extériorisation de sa personnalité, a réclamé un vrai casting !

Les liens familiaux sont à nouveau au coeur de TOUS LES SOLEILS. On n’en fait jamais le tour ?
Pour moi, les histoires de famille, les secrets, les non-dits, la difficulté à communiquer restent un sujet d’interrogation permanent. Rien n’est jamais simple. Les rapports entre les deux frères sont construits sur une dynamique de dispute, de conflit, mais dans de rares moments de pause, on se rend compte qu’ils s’adorent. La scène où Crampone découvre son frère en train de regarder les images d’une vidéo avec sa femme me touche énormément. De la même façon, sa présence à l’église est un moment d’une très grande intensité. Il y a aussi
la relation mère-fille esquissée entre les personnages d’Anouk Aimée et de Clotilde Courau. Pourquoi ne se parlentelles plus ? On découvre deux femmes intelligentes, sensées et sensibles, et qui, pourtant, n’arrivent plus à communiquer.

Comment avez-vous convaincu Anouk Aimée de tourner pour vous ?

Elle a dit oui tout de suite. Anouk est tellement belle. A l’écran comme dans la vie, c’est une femme d’une grande élégance, naturellement racée, humainement précieuse. Je tiens à le dire, parce que je trouve ça exemplaire, Anouk a un visage naturel… Et ça change tout. J’ai aimé la filmer, la mettre en valeur. Et quel talent ! Son personnage, Agathe, va mourir, mais je ne voulais pas que ce soit morbide. On est dans un service de soins palliatifs, mais c’est, pour elle, la préparation d’un départ en voyage et pour Alessandro, sans doute, un lieu d’expiation… Que cherche-t-il à y effacer ? On ne le sait pas vraiment. Son beau-père lui fait plus ou moins la tête. Peut-être lui en veut-il ? Est-il le responsable de l’accident de voiture qui a tué sa jeune épouse ? J’aime que des questions restent en suspens dans les oeuvres, que des pistes soient seulement esquissées. Aux spectateurs de les prolonger s’ils en ressentent le besoin.

Connaissant votre goût pour la littérature étrangère, on se dit que les livres lus par Alessandro n’ont pas été choisis par hasard. Pourquoi Ismail Kadaré, par exemple ?
Kadaré a écrit des livres qui ont beaucoup compté pour moi, notamment «Qui a ramené Doruntine ?». C’est une légende albanaise où une jeune femme qui a été mariée au loin revient une nuit avec un cavalier. Tous deux sont recouverts de boue. Ils sont morts. Ce sont des fantômes. Car TOUS LES SOLEILS est un film de fantômes, habité par des présences, d’où la scène au cinéma lorsque Irina va voir un film que j’adore de Henry Hattaway, PETER BBETSON, avec Gary Cooper, d’après le beau roman de Georges du Maurier, qu’ont tant aimé les Surréalistes. D’où la référence à la légende d’Orphée et Eurydice quand Alessandro fait la lecture à une petite fille à l’hôpital. D’où évidemment la scène finale à l’église, entourée du petit cimetière, avec l’apparition d’Anouk et de la jeune épouse morte.

Comment avez-vous bâti le personnage de Clotilde Courau qui arrive dans le dernier tiers du film ?
Clotilde a un rôle important sur le plan dramatique. Son personnage incarne ce que sa mère Agathe a cherché à transmettre à Alessandro : elle l’a préparé à la rencontre. Celle qui ouvre sur un amour possible. Je ne voulais pas que ce soit un coup de foudre. On ne sait pas si ce qui va se passer entre eux sera une grande histoire d’amour, ou pas du tout, mais tout est en place. La dernière scène a été composée comme une scène mentale, comme la matérialisation du cerveau d’Alessandro. Sont présents tous les êtres qui ont compté dans sa vie, tous ceux qui comptent, et celles et ceux qui compteront peut-être. A ce titre, les paroles de la chanson « Silenzio d’amore », réenregistrée avec Stefano lui-même, font parfaitement écho à ce que le personnage ressent. Quand il chante « comme le monde entier est contenu dans la campagne, tu seras reine et je serai le roi d’Espagne » il regarde Clotilde. C’est une promesse. Sera-t-elle tenue, c’est une autre histoire !

Les morts ne sont pas exclus. Pourquoi avoir matérialisé leur présence dans l’église ?
C’est une sorte d’acmé émotionnel, un état des lieux qui pose pour chacun de nous la question suivante : qui nous fait ? De qui sommes-nous réellement le résultat ? Les morts comptent eux aussi. Sans être mystique, je crois beaucoup à la présence des disparus, je les sens, je les interroge, ils m’aident dans ma vie.

Cette dernière scène très émouvante clôt un vrai film de comédie. Vous êtes vous beaucoup amusé à le tourner ?
De l’avis de tout le monde, techniciens, comédiens… Ce tournage a été un vrai bonheur. Il y avait une excellente ambiance de travail, généreuse, très professionnelle, efficace. J’allais le matin sur le tournage, heureux comme un enfant, sans stress. Chacun s’impliquait avec passion. Qu’est-ce-que l’on a pu rire par exemple en tournant le feuilleton que regarde Crampone, «Amours cliniques», dont j’ai même composé la chanson du générique qui s’appelle Love in hospital. Nous avons tourné quatre scènes hilarantes qui seront dans les bonus du DVD. Toutes celles et ceux qui ont travaillé sur ce film étaient animés par un grand désir : c’est le plus beau cadeau qu’ils pouvaient me faire, et il fallait que je m’en montre digne.

Comment aimeriez-vous que les gens ressortent après avoir vu ce film ?
Je ne suis pas un génie et ce film ne révolutionne pas la comédie. J’aimerais seulement que les gens soient heureux en le voyant et qu’ils ressortent en ayant le sourire après avoir fréquenté des hommes, des femmes, qui par certains aspects ressemblent à ce qu’ils vivent, à ce qu’ils mènent et leur ont fait du bien de façon un peu intelligente, sensible et divertissante. Je n’ai pas d’autre ambition que de proposer une palette d’émotions humaines et différents niveaux de lecture qui peuvent convenir à nombre d’entre nous.